Une soirée avec Faustus

 

De sa ville, Mexico, qu’elle m’avait fait découvrir. Je ne saurai jamais pourquoi, elle modifia tout, me dessina une famille peu unie, une sœur agressive, un père absent, une enfance difficile. Je n’en revenais pas, elle effaçait le cadre dans lequel, depuis vingt-cinq ans, je la situais. J’en perdis mes repères. Tout se passa comme chez les Toons, elle gommait, pan par pan, le décor dans lequel je l’avais construite. Quand il n’y eut plus de pot de fleur, de table, de fenêtre et de jardin entrevu dans une fenêtre ouverte, plus de cheminée, plus de chaise, de pouf, de Mexique, de canapé, de visages souriants dans la calle Aragon et la colonie Los Alamos, plus de nos de téléphones, de livres partagés, de parquet et de verres de cristal, plus de vent du sud-ouest nous invitant à surfer, plus de livres et plus de bibliothèques sur notre terre comme au ciel, en nous comme sur des rayons, quand se termina ce gigantesque déconstructivisme de deux-cent-mille heures dont trois ans d’absence, cent semaines d’attente, des tornades de plaisir, cent vies dans des aéroports, des odeurs de cuir et de chandelles, le vent du désert, ces petites choses qui font et défont les grandes passions, quand il n’y eut plus de plancher sous ses pieds, même pas une porte à franchir pour revenir dans un monde rassurant, quant elle eut tout gommé avec cette folie systématique de grande fille mythique agacée, elle disparut, elle tomba dans un autre tableau inconnu, je ne la vis plus, ce fut, l’expérience la plus étrange de ma vie que de voir une femme en vingt ans devenir un mythe et, sans préavis, s’effacer elle-même de sa toile, de déconstruire son monde avec le mien, le notre éventuellement, son travail ressemblait à une lecture de la fin vers l’origine, à ce que peut devenir une inoffensive philosophie quand le pouvoir féminin s’en empare et qu’une femme se saborde. D’une heure à l’autre je ne la vis plus.

 

Elle sortit définitivement de ma vie.

aavoarsovia
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