Are You So Sex?
(RUSS)


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Are you so sex ?

Are you so sex ? Une tournure qui n'est pas vraiment américaine - est né d'une pure expérience. J'étudiais les voix digitales fournies avec le système X d'Apple et j'eus la curiosité de leur faire dire quelque chose de tout à fait chaotique. À cette fin je choisis une voix de fille (Vicky) qui me parut la plus crédible et ouvris un traitement de texte pour y jeter quelques improbabilités. Mais écrire du chaotique n'est pas aussi facile qu'on peut l'imaginer. J'avais connu ce problème avec LA CANTATE INTERROMPUE (A la mémoire de mon ami Alberto Ginastera) quand, dans le finale, la mort (déconstruction) est évoquée et que la musique devient stochastique. À ce moment-là je n'avais que deux options, calculer comme mon ami Xenakis (en 1958 à Darmstadt il l'a fait à la main!) l'équiprobabilité de chaque son (timbre, nuance, etc..) ou utiliser un ordinateur. Je ne disposais que d'un Apple II, c'était déjà beaucoup. J'arrivai, je ne sais plus comment, à imprimer une liste stochastique de sons et les répartis dans l'orchestre pour les opposer au discours des cuivres qui était très structuré : la voix du Gisant ou celle de Dieu, l'ordre dominant le flux chaotique. POur l'expériebce en cours j'eus l'idée de rechercher mes signes (alphabet ASCII) dans... une image. Une image, passée en traitement de texte (je le voyais très souvent sur Internet dès les débuts) n'est qu'une masse de signes incohérents encadrés de balises. Il me suffit de glisser n'importe quelle icône - ce fut celle d'une d'une "Fille centrale" - sur TextEdit et j'obtins le résultat voulu. Phase suivante, nettoyer les balises de début et de fin et prélever une certaine quantité de caractères à faire dire par le programme TextToSpeech. À l’aide de AudioHighjack j'obtins rapidement un enregistrement aux allures incohérentes. J'avais abordé la phase initiale de la sculpture. Écouter, tailler, assembler. Une longue patience… Mais, en fait, pas tellement. Il existait des atomes de sens épars dans le flux sonore. Parmi eux l'un retint mon attention.
Deux caractéristiques : a) Cela semblait dire
Are you so sex ? b) L'intervalle était exactement le même que celui de la fameuse interrogation de Gilbert Bécaud : "Et maintenant ?" Il y avait également un sémantème qui se proposait d'enculer un autre, vraiment le chaos est indécent. J'obtins finalement deux voix, l'une sèche et affirmative, l'autre posant la question sans réponse : Are you so sex ? Ça me fit penser à ce petit chef d'øuvre américain d'Yves, The Unanswered Question. Mais qui connit encore ça?
Bref, mes actrices virtuelles étaient des filles et je savais que les filles de ce temps ne sont plus
neiges d'antan et ne remisent pas leur langue dans leur poche. Le vrai moteur de cette expérience fut (comme pour l'ensemble des ElectroSongs) celui de LIVE (Ableton) qui cadre naturellement toute séquence audio dans une grille temporelle divisée en temps ou beats. À vrai dire, le projet était de refaire un enregistrement des années quatre-vingt-dix intitulé La sévère Madame et qui avait beaucoup amusé tout le monde. Du rap polyglotte et intello. A ce stade mon ancien disciple Elias Siddiqui - qui aime à se faire appeler le Pfrofesseur - passa me voir et fut séduit par ces séquences entre disco et trance. Il en fit même une version et un remix. Je crois que la seule chose séduisante dans cette longue quête abstraite c'est qu'en l'écoutant ça n'a pas beaucoup de sens mais que ça porte.

Ecoutez ARE YOU SO SEX? (R.U.S.S)


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